Le rose au coeur

Autant vous avouer que j’ai longtemps hésité à donner à cet article divers titres de plus mauvais goût les uns que les autres, du genre « La France profonde » ou encore « Le pov’con se casse » mais il est clair que je vais faire preuve ici d’un goût plus subtil et délicat.

En ce jour d’élection si particulier, et ne pouvant toujours pas voter (avoir 17 ans en période électorale, j’adore), je me suis donc rendue en fin d’après-midi au bureau de vote central de ma ville, afin d’assister au dépouillement, ou devrais-je plutôt dire « dépouillage », comme je l’ai entendu dire par de trop nombreux individus ce soir.

Je ne m’attendais en aucun cas à une telle ferveur. Pour avoir assisté à de nombreux rassemblements, politiques ou non, j’ai été plus que surprise par l’engouement dont les personnes présentes faisaient preuve.

« J’ai attendu 5 ans pour ça tu sais, me confie une des électrices, je n’ai jamais vu autant d’attente depuis 1981, les gens ont vraiment besoin d’un souffle nouveau. »

Et comment ne pas les comprendre..! A l’annonce des résultats de vote pour le bureau concerné (57% pour Hollande, 43% pour le président sortant), ce sont des applaudissements qui éclatent.  Nul ne doute du fait qu’un changement est attendu au tournant, que le vent a changé d’horizon et qu’il est temps de passer à la suite.

Après m’être empli copieusement les poumons de nicotine (stress oblige..) je trouve un endroit sympa dans lequel attendre les résultats, près du téléviseur connecté à TF1, dans lequel le compte à rebours a commencé. Il reste 31 minutes avant le résultat que tout le monde attend, et autant vous dire que la tension est à couper au couteau.  Bien que les estimations de vote aient joyeusement filtré via le net un couple d’heures auparavant, et tous en faveur du candidat socialiste, les gens ne sont pas pour autant rassurés.  « En 2007 aussi, tout le monde revendiquait partout ne jamais, ô grand jamais avoir voté Sarkozy, toujours est-il qu’il a tout de même fait 53%, et que depuis, on est dans la mouise -notez ici mon effort de langage visant à protéger l’esprit sain des quelques jeunes qui pourraient lire ceci-« , m’avoue un sympathique retraité avec qui je partage mes 3m² d’espace en face de la télé.

La salle se remplit… élus municipaux, gens de gauche, personnel de la mairie, ou électeurs de divers partis sont rassemblés dans le bureau de vote. Que leurs espoirs respectifs soient similaires ou non, le sentiment demeure le même : quelque chose de nouveau est sur le point de commencer. S’agira-t-il d’un gouvernement dans la continuité du précédent quinquennat, avec à noter un certain virage vers les tendances de la droite la plus extrême? Ou allons-nous au contraire assister à la naissance d’un gouvernement nouveau, dont peu semblent convaincus de l’efficacité, malgré une volonté récurrente de continuer de croire en une victoire possible?

Il ne reste plus que 10 minutes.  Tandis que dans la pièce d’à côté, les résultats des différents bureaux continuent d’être comptabilisé, l’effervescence gagne en puissance de l’autre côté de la porte. Des images des différents lieux de rassemblement sont diffusées. Alors qu’une foule nombreuse se rassemble à Tulle et à Solférino, le temps semble se gâter à  la Concorde. Signe prémonitoire? « Qui fait la fête à mi-chemin, risque de gâcher la fin« , me glisse le sympathique Papy de tout à l’heure.

Puis vient le moment où le portrait de François Hollande apparaît. N’ayant pourtant jamais été une amatrice de sports, je ne peux m’empêcher de comparer la réaction des personnes présentes à celle de supporter dont le club favori viendrait de se qualifier pour je-ne-sais-quel-championnat-et-de-toute-façon-peu-m’en-chaut.  Des cris résonnent. Une dame d’un certain âge fond en larmes à ma gauche (ohoh). Certains quittent la salle discrètement. Dans ma poche, mon téléphone vibre : il est en train de se passer quelque chose, quelque chose dont les gens voudront se rappeler longtemps.

Personne n’oublie cependant le contexte dans lequel nous nous trouvons. Chacun a conscience des enjeux, et surtout du poids de la mission dont le nouveau président est investi. Rien ne sera simple, la perspective des élections législatives de Juin commence d’ores et déjà à en inquiéter plus d’un, mais…

C’est un souffle nouveau qui s’apprête à déferler sur la France, un souffle tourné vers « non pas la revanche, ou la démobilisation, mais le redressement, la responsabilité, l’unité, la fierté, le rassemblement !« .

« Je vous ai entendus! » déclare le nouveau président, avant de remercier le peuple de France et se proclamer  » président de la jeunesse » (propos que cette dernière avait cruellement besoin d’entendre).

Maintenant, reste à savoir si l’action sera à la hauteur de l’attente, malgré un contexte difficile et un certain pessimisme ambiant. Pessimisme que le résultat de ce soir aura cependant réussi à éloigner, l’espace d’une victoire…

31 ans après, c’est une nouvelle page qui commence à s’écrire ici.  Alors quelques soient nos opinions sur le sujet, que nous soyons satisfaits ou non du scrutin de ce soir, une chose est sure: le changement, c’est demain.

 

Flore