Woodkid @Metropolis (Montréal, Festival de Jazz)

Si vous suivez TTWLI depuis un certain temps, le fait que nous soyons des fans acharnés de Woodkid ne vous est pas inconnu. Etant au Québec pour deux mois, j’ai hier soir eu la chance d’assister à son concert lors du Festival de Jazz organisé chaque année par la ville.

Le spectacle avait lieu au Métropolis, ancienne salle de théâtre des années 60 dont l’allure un peu baroque colle parfaitement au style du chanteur. Etant arrivée tôt, j’ai pu profiter d’une place assise dans les gradins, pile en face de la scène. Surprise du monde présent dans la salle, les quelques québécois avec lesquels j’ai pu parler de Woodkid ne m’ayant pas l’air très au courant de l’existence de l’artiste, je me suis rendue compte que j’étais entourée en grande partie de compatriotes français.

C’est les Mozart’s Sisters, groupe expérimental fantomatique qui assurait la première partie. Uniquement équipées de deux claviers et d’une boîte à rythme, les deux soeurs et leur camarade masculin ont réussi à chauffer la salle à grand coups d’acrobaties vocales et de déhanchés effrénés.

C’est à 21h30 que les musiciens du groupe ont fait leur apparition sur une scène dont chaque installation avait été pensée au détail près : deux énormes tambours face à face,ainsi trois trompettes, un clavier et un instrument aux sonorités cuivrées entourant l’espace que l’interprète ne tarderait pas à occuper. L’écran géant occupant le fond de la scène s’allume bientôt imité par les faisceaux de lumière blanche disposés tout le long de la scène, les batteurs assènent les premiers coups de tambour, Woodkid entre en scène, l’épopée peut commencer.

Le show commence sur Baltimore’s Fireflies, titre extrait de l’EP Iron.   En quelques minutes, l’audience est sous le charme, conquise, le ton est donné.

Le show est assuré : tout est réuni pour donner à ce spectacle la dimension épique déjà sentie dans The Golden Age. On savait l’image importante dans l’oeuvre de  Yoann Lemoine, la volonté de ce dernier de faire de sa musique une oeuvre tant auditive que visuelle est apparente : jeux de lumières, projections d’images en arrière fond (le garçonnet de Run Boy Run, la forteresse devinée dans The Shore ou Where I Live, sans oublier les célébrissimes clefs croisées….). Pendant plus d’une heure nous sommes transportés dans l’univers de celui qui, le temps d’une soirée, est apparu auprès du public du Metropolis comme un véritable prophète parmi ses fidèles.  Il nous invite à le suivre sur Where I Live et dans The Shore, se livre sur The Golden Age, nous déclare un amour que nous lui rendons sur un I Love You entonné à la cantonade, nous émeut avec son Stabat Mater, fait de nous ses valeureux soldats sur un Conquest Of Spaces d’une rare puissance. Quelques blagues sur l’antagonisme Canada/Québec, la confession du plaisir d’être ici puis nous sommes prêts pour l’apogée, un Iron explosif de son et de lumière, repris par la totalité de la foule, comme un hymne à cette bataille conceptuelle que nous avons tous livré ce soir là. L’artiste présente ses musiciens, nous salue, se retire. Le sol du Metropolis tremble sous la ferveur de la foule qui trépigne d’insistance. L’oracle revient remercier ses fidèles en leur faisant don du grand final, un Run Boy Run ayant des allures de véritable coup de grâce. La voix tremble d’émotion, les murs sous la clameur. Standing ovation, acclamations incessantes.  Woodkid nous salue pour de bon avant de quitter la scène, feignant de chevaucher un destrier imaginaire.  Le général a mené ses soldats au front, la bataille est remportée. Il n’en tient maintenant plus qu’à eux de continuer le combat, désormais éclairés par la puissance scénique, la profonde beauté d’interprétation et l’immense générosité de leur mentor.

Un très, très grand moment scénique.