Chronique de l’Avant-Première d’Interstellar au Grand Rex – SPOILER FREE

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Christopher Nolan  Matthew McConaughey  Grand Rex - Paris

Christopher Nolan
Matthew McConaughey
Grand Rex – Paris

Vendredi 31 Novembre 2014, le Rex est en effervescence. Les agents de sécurités patrouillent, les fans prennent leur mal en patience. Enfin, nous allons pouvoir voir le film tant attendu : Interstellar, le 10ième film de Christopher Nolan.

Doit-on présenter le casting 5 étoiles de ce film ? Jessica Chastain (Zero Dark Thirty, The tree of life), Michael Caine (Trilogie Dark Knight), Anne Hathaway (Les Misérables, The Dark Knight Rises) et Matthew McConaughey (Mud, Dallas Buyers Club, The Wolf Of Wall Street). On a d’ailleurs eu le droit à une surprise de taille, on vous laisse le plaisir de le découvrir par vous-même.

Mais venons-en au fait : est-ce l’événement cinématographique annoncé de l’automne 2014 ? Nolan a-t-il réussi à s’affranchir des comparaisons potentielles avec des films du même thème (2001, L’odyssée de l’espace de Kubrick & Gravity de Cuarón) ?

Christopher Nolan & Matthew McConaughey étaient bien présents à cette avant-première nationale. L’ambiance au Grand Rex était électrique (le fait qu’Halloween soit de la partie ce jour-là n’a pas gâché le plaisir : beaucoup de Heath LedgerJoker devant le Grand Rex…). Un gros cube noir était entreposé sur la mezzanine (condamnant au passage la moitié des places assises), une sorte de monolithe kubrickien. Il s’agissait du dispositif nécessaire à la projection du film en format 70 mm (format utilisé dans les parcs d’attraction et les IMAX) : une demande ferme du réalisateur. Nous avons donc pu voir ce film sur une des 15 bobines disponibles dans le monde (la seule en France).

Christopher Nolan a d’ailleurs expliqué l’attachement qu’il avait envers cette salle de cinéma emblématique. En effet, il a raconté à l’audience, avant que le film ne commence, que l’ancien directeur du Grand Rex – Philippe Hellmann – avait été le premier distributeur (Cocorico !!!) de son film Memento et que lui-même, à l’époque, n’avait pas pu se rendre à la projection de son film dans cette salle mythique… Il a par ailleurs souligné qu’il aurait probablement tenté de décourager M. Hellmann s’il avait su les dimensions gigantesques du cinéma (Memento étant un film plus cérébral que porté sur l’action-à-la-Michael-Bay) ! C’est donc avec une pointe d’émotion que la projection a commencé.

Il ne s’agit pas de vous révéler le déroulement du film, ni d’étaler froidement (et cruellement) les multiples surprises et merveilles visuelles dont vous allez faire l’expérience ! Mais plutôt de faire une chronique sensorielle et émotionnelle. Nous vous laissons le plaisir de découvrir le film.

Le film est en tout cas particulièrement émouvant par son histoire d’amour père-fille et déroutant par sa narration alambiquée. Nolan nous a habitués à ses tours de prestidigitation narratifs et à ces montages « complexifiants ». Mais là le plaisir est décuplé par la dimension « temporelle» ! En effet, la théorie de la relativité du temps est ici prétexte à magnifier l’histoire humaine et l’expérience cinématographique. L’ingéniosité de ce film tient d’ailleurs dans sa capacité à embrasser totalement la « culture scientifique » et le « spectacle grand public » au travers de l’intrigue humaine qui s’y joue.

En ceci Nolan rend hommage à l’approche développée par Kubrick dans 2001, L’odyssée de l’espace, et cela se voit

Interview du réalisateur et du Lead Actor d'Interstellar. Grand Rex Paris

Interview du réalisateur et de l’acteur principal d’Interstellar.
Grand Rex Paris

formellement dans les séquences spatiales qui ressemblent (en moins colorées, certes) à celles de Kubrick. Le voyage spatial par Nolan peut par moment faire penser aussi à celui de Cuarón dans Gravity, pour la magnificence des images et leurs réalismes. Néanmoins l’approche du réalisateur reste plus proche de celle de Kubrick puisqu’il présente au spectateur des images pour la plupart « inventées » (personne n’a jamais pu filmer un voyage au travers d’un « trou de ver »). Kubrick avait en son temps créé de toute pièce les images de l’espace (Armstrong marche sur la lune en Juillet 1969, alors que le film sort en 1968). On est pourtant bien loin de l’angoisse métaphysique de 2001 puisque le film maintien de bout en bout l’intrigue humaine poignante qui lie « ceux qui restent sur terre » à « ceux qui partent ». Vont-ils se revoir un jour ?

Puisqu’il s’agit bien d’un drame humain qui se joue dans ce film : la terre se meurt, ses habitants sont condamnés à l’asphyxie et à la famine. Le temps est compté, et le voyage interstellaire implique des années de voyage… Le scénario écrit par Christopher et Jonathan Nolan (son frère) alterne habillement entre les difficultés rencontrées par les Explorateurs Interstellaires et ceux « restés à Terre ». Cette histoire d’amour filial perturbé (et « nourri » ?) par des espace-temps «  opposés » prend alors tout son sens. Nolan parvient à mélanger mélo drame et science-fiction avec une maestria qui manquait singulièrement au Gravity de Cuarón. Le film se trouve magnifié par les compositions d’Hans Zimmer, qui nous gratifie d’une musique baroque (orgue mystique et cordes déchainées) et plutôt bien sentie si l’on considère qu’il a composé toute la musique du film sans avoir accès au script… Et oui, un lancement d’un film de Nolan, c’est aussi secret que celui d’un produit Apple (mais en général, c’est moins décevant)!

Enfin, l’interprétation de McConaughey force le respect, certaines séquences devraient générer quelques rigoles de larmes dans les cinés hexagonaux. Alors laissez-vous tenter par cette gourmandise qu’est Interstellar, évitez de lire les articles qui en disent trop sur l’intrigue, c’est un film à surprise et aucune ne vous a été dévoilée ici. On en est fier… parce que ça nous brule les doigts !