LAMB, l’α et l’Ω du trip hop 2014 ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOyez Oyez Braves gens, la perfide Albion nous a envoyé du lourd en Mai 2014 et peu s’en sont rendus compte au vu du nombre de résultats affichés en français sur Google – un site belge seulement…

Mais que se passe-t-il donc ? L’album ne mériterait pas que l’on s’y attarde ?

Que nenni ! Il s’agit là d’un des meilleurs albums du duo mancunien. – Après 3 ans d’attente il était temps ! – Surtout qu’avec eux, cela peut prendre 8 ans pour pondre un album ! Et ça pour les gens qui aime le bon trip hop, c’est criminel.

Mais ce billet n’a pas vocation à faire ici l’inquisition de LAMB pour son manque de productivité. Parce que niveau qualité… On en prend pour notre grade : la production est magnifique, inventive et inspirée. Le chant est stratosphérique, enveloppant, légèrement mélancolique.

Pour mieux comprendre la maîtrise musicale et vocale exposée dans cet album, il faut saisir deux choses essentielles : LAMB a influencé nombre d’artistes à travers le monde depuis sa création (fin 1995) et les deux comparses ont un talent de technicien certains.

LAMB c’est Lou Rhodes (chanteuse, compositrice) et Andy Barlow (Producteur, multi instrumentiste). La voix de Lou Rhodes est à la croisée de Björk et de Sia, elle a été nommé au Mercury Music Prize pour son album solo « Beloved One ». C’est une musicienne accomplie, une parolière hors pair (ça change des «Put your hands up in the air » et de « l’amour sous le tilleul ») et un chanteuse possédée.

Andy Barlow est le génie, « bricoleur du son » derrière les envolées lyriques de Lou. Il dit d’ailleurs lui-même que sa musique est composée « autours » de la voix de Lou et non l’inverse. Leur processus créatif est fait de synergie, et la contribution d’Andy se fait via la musique. Le mariage est parfait…

Laissez-vous donc entraîner sur ce 6ème album magistral.Backspace_Unwind_web_800x800-750x750

Le début, très catchy se fait au son Acid House d’ « In Binary ». Il se savoure en début de soirée avec une boisson bien fraîche. La chanson est entraînante et préfigure une humanisation croissante de l’album qui commence dès la deuxième chanson avec une touche biologique et métaphorique sur « We fall in Love ». Théoriquement, c’est le moment ou vous aussi… « tombez en amour » (Québec, je t’aime).

Chanson d’amour spatiale, prélude parfait à « As Satellites Go By » : l’humain revient plus que jamais (chant aérien aux champs lexicaux « façon Gravity », Cuarón appréciera, Bullock moins).

On en sort tranquillisé, serein, comme après un album de The Cinematic Orchestra… et c’est là que LAMB nous assène un coup de surin Acid, l’air de rien, avec « Backspace Unwind » ! Ce morceaux est le premier produit par le groupe (dixit Burlow Himself !) et c’est donc celui qui a donné le titre de l’album (CQFD). La bass bouncy rappel les meilleurs morceaux de Massive Attack. La voix est langoureuse et spirituelle, elle transporte un peu plus aux confins de la galaxie (n’oublions pas que la Miss a effectué quelques retraites dans des communautés… probable qu’elle prie aux dessus de pierres multicolores en écoutant le papa de Norah Jones… mais elle fait de la musique magnifique, donc ce côté New Age qui pourrait exaspérer certains est tout pardonné !).

La suite nous gratifie un peu plus des paroles délicieusement mélancoliques de Lou. D’autant plus que cette fois ci l’espoir se fait sentir après les ténèbres cosmiques traversées. « Shines like this » est une petite pause à base de basse et de rythmique trip hop, le tout saupoudré d’une envolée de notes de glockenspiel pétillantes. La voix se pose parfaitement sur une rythmique qui fait penser à une nuée d’insecte. Le silence se fait, puis vient le piano brut d’Andy rejoint par la voix enveloppante de Miss Rhodes. La construction progressive de ce morceau posé en équilibre sur un sample de rythmique drum & bass laisse dans un état de flottement charmant. « What makes us human » prépare donc au sexy « Nobody Else ». Cette ballade trip hop, que Zero 7 n’aurait pas reniée, joue de son ambiance jazzy. On s’y croirait presque… Sauf que le morceau suivant, « Seven Sails » nous renvoi dans les cordes avec un uppercut experimental assez barré : ruptures rythmiques marquées, voix sur-produites, bass « kalachnikovienne »…

On change de registre. Pour aboutir sur le chef d’œuvre de l’album (mérite amplement les 9€ dépensés pour l’album entier à mon humble avis). Mais là, point de musique « boum boumesque », on est dans la quintessence de ce que ce groupe est capable de produire. Entre musique de film et musique d’ambiance. « Doves and Ravens » commence par la voix soufflée, déchirante et pénétrante de Lou Rhodes (voix qui ferait pleurer Andy lui-même quand il entend… le petit chou !). Au vue de la sensibilité et de la délicatesse qui émane de ce track filmesque, on ne peut que sémouvoir… Dès les premiers vers, le ton est donné :

“He said / He’d never face the cold / Without her hand / There to hold”

On y retrouve la technique d’écriture proche du Haïku de Lou Rhodes. La beauté dans la simplicité et le symbole. Cette musique est divine, qu’on se le dise…

« Only our skin », le morceau qui suit, présente un charme fleurant le vent, le sel et la pluie anglo-saxonne ! Cette ballade réconfortante présente une force onirique permettant la digestion du morceau précédent. Mais trêve de rêve, « SH09 is Back » annonce le retour des festivités à coup de kick, snare et hi hats brutes à l’efficacité redoutable. Ont-ils volés le laptop de Diplo ? Nein, ces vieux briscards seraient plutôt en position de donner des leçons (et de s’être faits « pompés » des milliers de fois…). Le calme revient enfin pour le dernier morceau olympien (au sens mythologique, duh !) sur le lancinant « The caged bird sings ». C’est donc en paix que l’on quitte cet album à la grâce et à l’inventivité sidérante.

LAMB – Doves and Ravens

LAMB – In Binary